Une colonne « conforme ESRS » dans un fichier fournisseur ne résout pas le reporting. Les normes structurent une information de durabilité à l’échelle de l’entreprise ; elles ne se réduisent pas à une note attribuée à chaque fournisseur. Le travail des Achats consiste à rendre leur contribution exploitable.
Les ESRS sont les normes européennes de reporting de durabilité utilisées dans le cadre de la CSRD. Elles organisent la présentation des enjeux, de la gouvernance, des actions et des mesures de durabilité. Les Achats contribuent avec des informations sur les marchés, les fournisseurs et les projets, selon les enjeux matériels et le référentiel applicable.
- À quoi servent les ESRS ?
- Partir de la matérialité avant de multiplier les indicateurs
- Quels sujets concernent particulièrement les Achats ?
- Construire une fiche de donnée réutilisable
- Exemple : mesurer une réduction de matière sans surestimer le résultat
- Brancher les ESRS sur une démarche Impact³
- Organiser le premier mois de travail
- Questions fréquentes
Du cadre à l’action Achats
Enjeu
Définir la question de durabilité à éclairer.
Donnée
Choisir une mesure et son périmètre.
Preuve
Conserver source, méthode et contrôles.
Projet
Relier la mesure à une action et à son effet.
À quoi servent les ESRS ?
Les ESRS fournissent un langage de reporting commun pour les entreprises concernées par la CSRD. Elles couvrent des informations transversales et des sujets environnementaux, sociaux et de gouvernance. Leur lecture s’inscrit dans l’analyse des impacts, des risques et des opportunités de l’entreprise.
La Commission a adopté le 3 juillet 2026 des actes de simplification des ESRS. Sur sa page des actes délégués, elle distingue adoption et entrée en vigueur après publication au Journal officiel. Pour une clôture donnée, le responsable du reporting doit confirmer la version et les dispositions applicables.
Cette vérification doit précéder la création de questionnaires et de modèles de données. Une équipe ne devrait pas mélanger un ancien référentiel, un projet de norme et une version révisée dans un même formulaire.
Partir de la matérialité avant de multiplier les indicateurs
La double matérialité examine à la fois les impacts sur les personnes et l’environnement, et les effets financiers possibles des enjeux de durabilité sur l’entreprise. Elle permet de comprendre pourquoi un sujet mérite une attention particulière.
Les Achats enrichissent cette analyse avec leur connaissance des matières, des procédés, des territoires et des relations fournisseurs. Ils ne décident pas seuls du contenu de l’état de durabilité. Une gouvernance commune évite les analyses parallèles qui se contredisent.
Une dépense importante mérite une lecture économique, mais un faible montant ne suffit pas à écarter un impact grave. Inversement, la disponibilité d’une donnée facile à collecter ne prouve pas que cette donnée est prioritaire.
Quels sujets concernent particulièrement les Achats ?
| Enjeu | Contribution Achats | Attention |
|---|---|---|
| Climat | Données d’activité, choix de matières, transport et usages | Distinguer donnée physique, facteur et estimation. |
| Ressources | Quantités, durée d’usage, réparation et fin de vie | Comparer à service rendu équivalent. |
| Eau et pollution | Procédés, sites et informations pertinentes | Un pays de facturation ne localise pas un impact. |
| Travailleurs de la chaîne de valeur | Informations sur les activités et signaux sociaux | Ne pas assimiler signature de charte et résultat. |
| Conduite des affaires | Pratiques, contrôles et relations fournisseurs | Relier les engagements à leur mise en œuvre. |
Ce tableau est une aide à la discussion, pas une liste universelle de données obligatoires. Les demandes doivent être rattachées au besoin de reporting confirmé et aux informations nécessaires pour agir.
Construire une fiche de donnée réutilisable
Pour chaque mesure, décrivez sa définition, son unité, sa période, son périmètre, sa source et son propriétaire. Ajoutez la méthode de calcul, les contrôles et les limites connues. Une autre personne doit pouvoir comprendre comment le résultat a été obtenu.
Conservez la distinction entre valeur source et valeur transformée. Si une unité est convertie ou un facteur appliqué, la transformation doit être visible. Si une estimation est révisée, gardez la raison et la version afin d’expliquer les changements.
La preuve attendue dépend de la donnée. Une facture peut établir une quantité achetée, mais ne prouve pas à elle seule une caractéristique environnementale. Un document fournisseur doit être lu pour son objet réel, son périmètre et sa période de validité.
Exemple : mesurer une réduction de matière sans surestimer le résultat
Exemple fictif : un emballage passe de 100 à 90 grammes pour un produit identique. L’équipe peut calculer la variation de masse unitaire, puis la relier aux quantités effectivement utilisées. Elle ne peut pas déduire automatiquement une réduction carbone de 10 % sur tout le produit.
Il faut aussi vérifier la protection, les pertes, les matériaux et le transport. Une modification qui réduit la masse mais accroît les produits endommagés peut changer le bilan du scénario. Les limites de l’analyse restent explicites.
Le tableau de bord sépare donc la masse unitaire, le volume utilisé, le taux de dommage et les autres effets étudiés. Le reporting s’appuie sur ce qui est effectivement mesuré ou estimé selon une méthode définie.
Brancher les ESRS sur une démarche Impact³
Les informations de durabilité deviennent utiles lorsqu’elles éclairent les choix de familles et les projets. Dans Impact³, le cube stratégique organise la priorisation ; l’entonnoir transforme cette priorité en travail interdisciplinaire, en scénarios et en suivi après mise en œuvre.
Un projet doit préciser ses objectifs, ses leviers et les preuves qui permettront d’en apprécier les résultats. Les quatre axes économie, risque supply chain, RSE et parties prenantes aident à examiner les arbitrages, avec la triple performance économique, sociale et environnementale comme finalité.
L’IA peut aider à repérer une information dans un document ou à proposer une synthèse. Elle ne doit pas inventer une donnée manquante ni transformer une affirmation fournisseur en preuve vérifiée. Les calculs, les sources et les validations restent contrôlables.
Organiser le premier mois de travail
Commencez par une réunion avec les responsables du reporting pour fixer la version du référentiel, le périmètre et les contributions attendues. Sélectionnez ensuite une famille pilote sur laquelle les informations et les interlocuteurs sont identifiables.
Testez la fiche de donnée sur quelques cas réels. Faites relire les définitions par ceux qui produisent les données et ceux qui les utilisent. Corrigez les ambiguïtés avant de déployer une collecte plus large.
Mesurez la qualité du dispositif : données exploitables, exceptions non résolues, temps de traitement et décisions éclairées. Le nombre de cases remplies ne suffit pas. Le guide des indicateurs RSE aide à structurer cette discussion et à choisir des mesures pertinentes.
Questions fréquentes
Quelle différence entre CSRD et ESRS ?
La CSRD fixe le cadre européen de reporting de durabilité. Les ESRS sont les normes qui structurent ce reporting pour les entreprises concernées.
Les ESRS sont-elles une certification fournisseur ?
Non. Ce sont des normes de reporting de durabilité. Une information fournisseur peut alimenter le reporting sans constituer une certification ESRS.
Faut-il collecter toutes les données auprès de tous les fournisseurs ?
Il faut partir du périmètre, des enjeux matériels et des besoins confirmés. Une demande uniforme peut créer une charge sans produire d’information utile.
Une donnée estimée peut-elle être utilisée ?
Son utilisation dépend des règles et méthodes applicables. Elle doit être identifiable comme estimation, avec ses hypothèses, ses limites et les contrôles appropriés.

